Vendredi 16 janvier, le Sénat est le bel écrin du fameux colloque organisé par le REFEDD et PLANET-D : Les campus : un laboratoire de reconversion de l’économie. La salle Médicis est comble, plus de 250 personnes sont au rendez-vous. Il faut dire que l’événement est à la mesure du décorum, un tel rassemblement d’étudiants, de présidents d’universités, et d’industriels, tous réunis ici pour parler développement durable, c’est une première !
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Jean-Louis Caffier, rédacteur en chef à LCI et mobilisé pour « éviter un monde marteau » (association Enclume), se pose comme l’animateur de l’événement. Les intervenants prennent place sur la tribune, les applaudissements cessent quand résonne le micro. C’est l’éminent spécialiste énergie et climat, Jean-Marc Jancovici, qui est désigné pour introduire le colloque.
L’auteur de C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde, veut profiter de cette matinée pour rompre avec le « Je n’ai pas envie d’en entendre parler » lisible sur trop de bouches. J-M Jancovici est catégorique, nous profitons aujourd’hui d’une accalmie qui préfigure un futur apocalyptique si nous n’y prenons pas garde. Car « la technologie ne nous sauvera pas, elle ne suffira pas. Depuis 150 ans, la technologie progresse moins vite que notre appétence à consommer ». Pour faire front aux carences pétrolières et hydrauliques qui s’annoncent, il s’agit d’atteindre les facteurs 2 et 3 de façon « volontaire et précoce plutôt qu’involontaire et tardive. Ainsi, sans plan sur la question énergétique, pas de plan viable ». J-M Jancovici rappelle que selon les physiciens, « l’énergie est l’unité de mesure de la transformation du monde » et que tous les business plan d’aujourd’hui sont un véritable « viole de l’avenir ».
Et Florent Baarsch, Président du REFEDD, de surenchérir pour jeter la passerelle entre développement durable et éducation nationale : « nous parlons d’une crise avec un grand C, en lettres majuscules, l’enjeu est capital. Il ne s’agit pas de dire que l’on va tous mourir, mais de se poser les vraies questions pour atteindre le facteur 4 à l’horizon 2050. Cette transition ne se fera pas sans les étudiants d’aujourd’hui qui sont les professionnels de demain. En matière d’éducation, notre rapport vise à intégrer une vraie transversalité du développement durable, qu’il soit présent à tous les niveaux, dans tous les cursus universitaires ». Le président du Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable martèle trois besoins auxquels doivent répondent les campus en terme d’écologie : « Education, mise en pratique, profession ».
Guy Cousineau, Président de l'Université Paris Diderot, rejoint F.Baarsch sur la nécessité d’étendre le rayonnement des formations spécialisées développement durable aux autres cursus. Il s’agit « d’entrer dans une démarche globale, de concerner toutes les filières ». Signataire de la charte CPU Pour une alliance des universités françaises en faveur du développement durable, il s’engage à verdir son campus de « manière collective ».
Vient la question de la demande et du niveau d’exigence des étudiants soulevée par Jean-Michel Nicolle, Directeur de l’Ecole Polytechnique Féminine. Il insiste sur l’implication de l’administration, « à elle de tirer ses étudiants vers le haut ». J-M Jancovici précise que « 85 % des étudiants déclarent ne pas savoir assez de choses en matière de développement durable » ; la demande est bien là, aux universités françaises d’y répondre.
Bernard Belletante, Directeur d’Euromed Management, insiste sur la remise en question des établissements à mener en profondeur, « parlons de responsabilité sociale académique, et non pas seulement entrepreneuriale. Si nous n’amenons pas les étudiants à se questionner sur le temps, nous n’amèneront rien ». Et J-M Nicolle d’opiner : « Au pouvoir octroyé par savoir, une contrepartie : la responsabilité. Il faut aller au-delà des programmes et inscrire le développement durable jusque dans les attitudes pédagogiques, placer l’étudiant dans une posture de questionnement au quotidien ».
La question de l’emploi est visitée plus avant dans la seconde partie du colloque. Aux dires de B. Belletante, « l’emploi aujourd’hui n’est pas prêt à entendre la voix des formations DD ». A cette vision raboteuse, G. Cousineau oppose la jeunesse des formations spécialisées et J-M. Nicolle ne manque pas de citer des entreprises fortement demandeuses telles que les grands groupes Suez et Lafarge.
Cette première table ronde se clôture sur les mots de F.Baarsch, qui achève ainsi d’endosser son rôle de porte-parole des étudiants : « Ecoutez-nous, travaillez avec nous, et faites nous confiance ».

Les applaudissements saluent les intervenants qui se croisent sur l’estrade, la seconde table ronde s’ouvre sur les mots de Chantal Jouanno, présidente de l’ADEME, qui revient sur le point technologique évoqué par J-M. Jancovici. « Nous disposons des technologies, mais il s’agit de revoir les fondamentaux de notre modèle macro-économique en profondeur ». L’usage de ces technologies invoque la restructuration de l’emploi, « la création de nouveaux métiers par le biais de partenariats publics-privés, campus-entreprises », comme le préconise Sylvie Faucheux, présidente de FONDATERRA et de l’Université de Versaille-Saint-Quentin-en-Yvellines. Exemple : « Ne plus produire de voitures mais des services à la mobilité ».
Thomas Peaucelle, Directeur de la Stratégie INEO, manifeste son soutien au rapport EDD du REFEDD : « Nous avons besoin de gens qui pensent DD au quotidien, qu’ils soient techniciens, énergéticiens, électriciens, ingénieurs ; aussi, la transdisciplinarité du développement durable est essentielle. En terme de construction, il y aura un avant et un après Grenelle. La prise en compte du facteur énergie révolutionne les chantiers, d’où notre volonté de développer des partenariats avec les universités qui peuvent prendre la forme de stages ou de chaires d’entreprises ».
Et Hervé de Maistre, Directeur Général ISOVER, d’acquiescer et de donner un chiffre : « en France, on compte 30 millions de maîtres d’ouvrage à convaincre ». C.Jouanno ajoute que d’ici 2012, 150 000 postes seront crées dans le secteur du BTP et 220 000 dans l’industrie verte (bureaux d’étude notamment).

S.Faucheux confirme l’important chantier qu’il reste à mener en matière de formation. Aujourd’hui les écoles d’architecture ne forment en rien leurs étudiants aux éco-quartiers et aux éco-matériaux. La France accuse un sérieux retard, faisant très souvent appel à des bureaux d’étude étrangers pour diagnostiquer ses constructions en terme de développement durable. Autre défi, faire admettre que « le DD est la source de compétitivité de demain, qu’il est un plus non seulement sur le plan éthique mais aussi et surtout sur le plan économique ».
Sur les campus, S.Faucheux indique que tout reste à faire. Si de bonnes attitudes permettent de réduire de 20 % la consommation énergétique des établissements, une rénovation selon les normes BBC permet une réduction de 50 %. Pour se faire, mobiliser étudiants et bénévoles comme le fait sa fondation FONDATERRA afin de réaliser des diagnostics chiffrés. S’ouvrir ensuite à des partenariats publics-privés pour concrétiser ses objectifs. Enfin, obtenir de l’Etat qu’il intègre les paramètres écologiques dans ses critères d’évaluation des universités et reconsidère ses lignes budgétaires.
A ces mots, H. de Maistre et T. Peaucelle témoignent tout leur soutien et se placent au service des campus.
La table se ferme sur le lancement du Bilan Carbone Campus par l’ADEME et Avenir Climatique et la signature d’un accord ADEME - FONDATERRA qui tient en plusieurs volets : efficacité énergétique des établissements universitaires / transports sur les campus / outils de sensibilisation / aide au montage de formation pour développer les partenariats publics-privés / centralisation de stages et missions à destination des étudiants.
J.L Caffier fournit le stylo et les deux femmes d’action apposent leurs griffes au bas du document qui officialise leur collaboration.
Applaudissements et accueil de Michèle Pappalardo, Commissaire générale au développement durable qui se réjouit de voir « une jeunesse si pragmatique en matière d’écologie ». En 2009, la feuille de route de l’Etat tient en trois points : finaliser les textes du Grenelle 2 pour une mise en œuvre concrète ; rester à l’écoute de toute la mobilisation en aval ; montrer l’exemple pour parvenir à un accord global à Copenhague pour l’après 2012.
Vient la remise des trophées PLANET-D qui récompensent ceux qui ont su projeter dans la brique leur conscience écologique. Caline JACONO, Présidente de Planet-D, salut avec beaucoup d'émotion l'effort de « ces étudiants qui ont su concillier des idées très différentes ». Pas moins de 300 établissements mobilisant 15 000 étudiants ont participé au concours. Sur les 30 dossiers retenus, 5 lauréats :
3e prix : Ecole des Mines de Nantes
Pour l’élaboration d’un Agenda 21 impliquant toute la population du campus et la réalisation d’un diagnostic énergétique complet.
3e prix : Assaut Vert de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture
Pour la mise en place d’une gestion écologique du campus et d’un programme pédagogique sur le développement durable.
2e prix : Ecole Polytechnique
Pour la création d’une épicerie associative au sein du campus, proposant des produits issus de l’agriculture locale.
Une citation des lauréats : « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge. » (Winston Churchill)
2e prix : Campus Durable d’Euromed Management
Pour la conception d’un Agenda 21, l’organisation du Solar Festival, et la mise en place du Réseau du management responsable.
Une citation des lauréats : « Changer le monde commence par se changer soi-même. » (Roger Mondoloni)
1er prix : EnviSage du Centre de Formation et de Recherche Champollion
Pour la gestion écologique du campus, la mise en place de toilettes sèches, l’organisation d’un éco-festival (expositions, stands, courts-métrages, concerts, dégustations etc.).
Un seul regret de leur côté : « dommage que la parole n’ait pas été donnée à la salle durant ce colloque, ça a manqué de débat ».

Certes, on peut regretter le manque d’échange entre la tribune et l’auditoire, mais le buffet est dressé non loin au plaisir des bavards et des gourmets.






