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Vient de se tenir à Cancun, au Mexique, la 16ème conférence internationale sur le changement climatique (sous l'égide de l'ONU). 15000 négociateurs, écologistes, hommes d'affaires et journalistes représentant 192 pays des 4 coins du globe se sont retrouvés, jusqu'au 10 décembre, un an après l’échec de Copenhague, pour tenter de faire avancer la lutte contre le changement climatique.
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© reuter |
Alors que 2010 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en 131 ans de statistiques sur le climat, nous pouvions déjà dire à l'avance que ce sommet n'aboutirait pas sur des décisions importantes sur l'engagement des états à réduire leurs émissions carbone. Il est tout de même essentiel de rester alerte vis-à-vis de cet évènement et manifester notre interêt pour le climat comme on avait pu le manifester à Copenhague. Lors de ce sommet, il a été notamment question de compenser les dommages causés aux pays les plus touchés par le rechauffement, manifestation de solidarité internationale que les étudiants doivent soutenir. Pour éclaicir les enjeux de ce sommet, le REFEDD a interviewé Thomas MATAGNE, negociatior tracker à Cancun en tant que représentant de la France et de l'Union Européenne :
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Thomas MATAGNE |
REFEDD: Quels sont pour toi les enjeux principaux de Cancun? Thomas Matagne : A Cancun, on doit obtenir un paquet de décisions qui doit permettre de stabiliser le processus de négociations internationales. L'échec de Copenhague a entamé la confiance des Nations unies. Pourtant il n'existe pas d'autre endroit pour régler ce problème mondial. On attend des résultats sur le niveau de réduction des émissions, sur la mise en place d'un fonds mondial, sur l'établissement d'un mécanisme de transferts de technologie, un accord sur les mécanismes de soutien à la protection de la forêt, une inscription des engagements de réduction des émissions au sein de la Convention... Quoi qu'il arrive on sera très loin d'avoir tout réglé, c'est certain. Mais Cancun peut être une étape importante, nécessaire. A l'inverse, une absence d'avancées tangibles serait très inquiétante. |
REFEDD : Y'a-t-il des signes d'espoir d'aboutir à un accord lors de ce sommet?
T.M. : Oui, il y a des chances. Alors que je réponds à ces questions -on est mardi soir à 3 jours de la cloture- rien n'est gagné et il reste de sérieuses difficultés. Mais en même temps, l'ambiance de travail est constructive comme on ne l'avait pas vu depuis des années. Les choses bougent. On peut garder espoir, même si chaque jour, des informations contradictoires affluent et on oscille entre optimisme et pessimisme !
T.M. : Oui, il y a des chances. Alors que je réponds à ces questions -on est mardi soir à 3 jours de la cloture- rien n'est gagné et il reste de sérieuses difficultés. Mais en même temps, l'ambiance de travail est constructive comme on ne l'avait pas vu depuis des années. Les choses bougent. On peut garder espoir, même si chaque jour, des informations contradictoires affluent et on oscille entre optimisme et pessimisme !
REFEDD : Qu'est-ce qu'un « negotiator tracker »? Qu'est-ce qu'une journée type d'un «negotiator tracker »?
T.M. : Un tracker -nous sommes une douzaine- a pour mission de suivre les négociations dans leur ensemble, avec un suivi particulier de son pays (France et UE pour moi), afin de décrypter, relater, partager ce qu'il se passe dans les négociations. On utilise les médias internet (sur le site, sur twitter, sur les réseaux sociaux...). Chacun d'entre nous essaye aussi de développer d'autres lieux pour relayer l'information (blogs hébergés sur des sites d'information...).
REFEDD : Pourquoi t'es-tu investi dans cette action?
T.M. : Je fais mes études sur les enjeux environnementaux, avec une orientation sur le climat. J'ai participé à Copenhague dans la délégation du Mali l'année dernière. Adopt A Negotiator est une sorte de continuité, avec un objectif cette fois de diffuser de l'information au grand public autant que possible.
REFEDD : Que penses-tu concrètement apporter à ce sommet?T. M. : Le processus des Nations unies est très complexe, très imparfait, très éloigné du quotidien de chacun. Pourtant l'enjeu est considérable, et tout le monde est concerné ; les conséquences seront vécues par tous, et en premier par les plus jeunes et les plus pauvres. Le climat nous appartient, et nous en sommes responsables.
Surtout, les gouvernements sont très sensibles aux opinions publiques. Les négociateurs qui veulent avancer nous le disent : ce n'est qu'avec le soutien de l'opinion publique que les choses changent. On n'a pas forcément l'impression de cela chaque jour et pourtant c'est vrai : se manifester et manifester a un impact sur le cours de l'histoire !
REFEDD : Comment penses-tu que les associations étudiantes pour un Développement Durable, peuvent agir sur les négociations?
T. M. : Comme je le disais, seules les opinions publiques sont susceptibles de faire que le pouvoir politique de chaque pays sera prêt à s'engager lorsqu'il est en négociation internationale. Les décideurs politiques sont persuadés que leurs électeurs ne supporteront pas les changements nécessaires pour réduire les émissions. Il faut leur montrer que c'est l'inverse : nous ne supporterons pas un climat et une planète encore plus dégradés !
En tant qu'étudiants, donc jeunes, nous avons une place spéciale dans ces questions. Une étude du Royal Institute publiée récemment fait le calcul pour savoir quand est-ce que nous atteindrons +4°C dans le cas d'un scénario d'émissions pessimiste dit A1RI. Ce scénario est pessimiste mais pas impossible car nous sommes bien partis pour le suivre pour l'heure. Ils le prévoient pour 2060-2070. Autrement dit, nous qui avons 20 ans sommes la première génération susceptible de vivre cette situation extrême. Tous les plus vieux, qui forment une large part des décideurs politiques sociaux ou économiques, eux, ne vivrons pas cela. Pour eux, les dangers des changements climatiques sont théoriques, abstraits ; ils la perçoivent comme une question d'éthique. Pour nous, le réchauffement climatique sera une réalité tout au long de notre vie.
Je crois que nous pouvons agir de différentes manières :
- en nous intéressant au sujet, afin de le faire vivre et d'y réfléchir. Ca passe par des publications, des conférences, des relais d'information (par internet)... Nous avons un rôle d'intello, d'experts-citoyens à jouer sérieusement.
- en agissant dans nos campus afin de réduire les émissions de nos activités étudiantes, mais aussi de notre vie en général
- en nous manifestant auprès des décideurs. Il faut faire du lobbying actif auprès de nos élus, qu'ils soient locaux (élus municipaux) ou nationaux (députés, sénateurs). Je tiens à souligner que les jeunes et les étudiants en particulier en savent beaucoup plus que l'immense majorité de nos élus (une étude de D. Boy a montré le piètre niveau de connaissance des parlementaires)...
- en réalisant des actions choc démonstratives. C'est en passant par là qu'on peut faire plier des administrations réticentes, des élus laxistes... Chaque année, on estime à 300 000 le nombre de morts liés aux changements climatiques (dès aujourd'hui). Ne pas agir conduirait ce chiffre à 1 million par an en moyenne d'ici 2030. Il ne faut pas laisser l'indifférence impunie.
- enfin et surtout, il faut imaginer, rêver. Le XXème siècle est mort il y a 10 ans et on ne connaît pas encore la couleur du XXIème. Dans quel monde, concret, quotidien, voulons-nous vivre? C'est une vraie question, et seuls nous pouvons y répondre ! Nous avons un magnifique choix à faire, pourquoi s'en priver ?
Surtout, les gouvernements sont très sensibles aux opinions publiques. Les négociateurs qui veulent avancer nous le disent : ce n'est qu'avec le soutien de l'opinion publique que les choses changent. On n'a pas forcément l'impression de cela chaque jour et pourtant c'est vrai : se manifester et manifester a un impact sur le cours de l'histoire !
REFEDD : Comment penses-tu que les associations étudiantes pour un Développement Durable, peuvent agir sur les négociations?
T. M. : Comme je le disais, seules les opinions publiques sont susceptibles de faire que le pouvoir politique de chaque pays sera prêt à s'engager lorsqu'il est en négociation internationale. Les décideurs politiques sont persuadés que leurs électeurs ne supporteront pas les changements nécessaires pour réduire les émissions. Il faut leur montrer que c'est l'inverse : nous ne supporterons pas un climat et une planète encore plus dégradés !
En tant qu'étudiants, donc jeunes, nous avons une place spéciale dans ces questions. Une étude du Royal Institute publiée récemment fait le calcul pour savoir quand est-ce que nous atteindrons +4°C dans le cas d'un scénario d'émissions pessimiste dit A1RI. Ce scénario est pessimiste mais pas impossible car nous sommes bien partis pour le suivre pour l'heure. Ils le prévoient pour 2060-2070. Autrement dit, nous qui avons 20 ans sommes la première génération susceptible de vivre cette situation extrême. Tous les plus vieux, qui forment une large part des décideurs politiques sociaux ou économiques, eux, ne vivrons pas cela. Pour eux, les dangers des changements climatiques sont théoriques, abstraits ; ils la perçoivent comme une question d'éthique. Pour nous, le réchauffement climatique sera une réalité tout au long de notre vie.
Je crois que nous pouvons agir de différentes manières :
- en nous intéressant au sujet, afin de le faire vivre et d'y réfléchir. Ca passe par des publications, des conférences, des relais d'information (par internet)... Nous avons un rôle d'intello, d'experts-citoyens à jouer sérieusement.
- en agissant dans nos campus afin de réduire les émissions de nos activités étudiantes, mais aussi de notre vie en général
- en nous manifestant auprès des décideurs. Il faut faire du lobbying actif auprès de nos élus, qu'ils soient locaux (élus municipaux) ou nationaux (députés, sénateurs). Je tiens à souligner que les jeunes et les étudiants en particulier en savent beaucoup plus que l'immense majorité de nos élus (une étude de D. Boy a montré le piètre niveau de connaissance des parlementaires)...
- en réalisant des actions choc démonstratives. C'est en passant par là qu'on peut faire plier des administrations réticentes, des élus laxistes... Chaque année, on estime à 300 000 le nombre de morts liés aux changements climatiques (dès aujourd'hui). Ne pas agir conduirait ce chiffre à 1 million par an en moyenne d'ici 2030. Il ne faut pas laisser l'indifférence impunie.
- enfin et surtout, il faut imaginer, rêver. Le XXème siècle est mort il y a 10 ans et on ne connaît pas encore la couleur du XXIème. Dans quel monde, concret, quotidien, voulons-nous vivre? C'est une vraie question, et seuls nous pouvons y répondre ! Nous avons un magnifique choix à faire, pourquoi s'en priver ?
Vous pouvez suivre Thomas matagne sur :
adoptanegotiator.org (page France)
cancun.blogs.liberation.fr
un blog sur Terra Eco
@thomasmatagne (sur twitter)
Liens externes :
interview de Thomas MATAGNE par Solar Generation
Si la mobilisation semble s’être essouflée depuis Copenhague les jeunes restent mobilisés sur
ces questions.
JCFC Generation
le programme adopt a negociator
http://tcktcktck.org/
Formation BCC du REFEDD
Pour plus d’infos
http://changementsclimatiques.wordpress.com/
http://www.rac-f.org
initiative de Cancon à Cancun : http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/11/30/de-cancun-a-cancon-un-contre-sommet-pour-changer-le-systeme-pas-le-climat_1446532_3244.html






